Parcours

Biographie

Publié le octobre 30, 2012 par admin

Alain Carrier est né le 14 octobre 1924 à Sarlat. Ses parents étaient propriétaires du Café du Palais. La clientèle était des plus éclectique. Les maquignons, les marchands de volailles grasses, les artisans y côtoyaient les notaires, les médecins, les négociants, les industriels auxquels venaient se joindre des artistes, des écrivains et d’anonymes voyageurs en quête de dépaysement. Le Café du Palais était le Café de Flore de Sarlat. Georges Simenon, Paul Eluard, Henry Miller, Robert Couzinou (baryton de l’Opéra de Paris, natif de Sarlat) et bien d’autres fréquentaient ce lieu. Souvent, sur une table de la grande salle, un peu à l’écart, le petit Yves s’appliquait à dessiner tout ce que son regard saisissait. Yves est son premier prénom qui lui valu le surnom de Vivou. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare que ses contemporains l’interpellent par ce sobriquet dans les rues de Sarlat.

                                 

Un jour qu’il dessinait une étiquette destinée à orner une bouteille de vin de noix confectionné par sa grand-mère, un personnage s’approcha de l’enfant et, surpris par son imagination, il s’adresse au père de Vivou et lui dit : « Albert, ton fils a l’idée réflexe : il sera affichiste » Ce personnage était Marius Rossillon, alias O’Galop, célèbre illustrateur et créateur du « Bonhomme Bibendum ». Si cette appréciation n’eût pas l’heur de plaire au père, sans doute encouragea-t-elle Vivou ?
Vivou fit ses études au Collège La Boétie, mais son engagement dans la Résistance, dès 1940, en troubla le cours normal. Il fut arrêté par les Allemands dans le Café du Palais, mais il put discrètement fausser compagnie à ceux-ci qui trouvant le lieu sympathique entreprirent des libations exagérées qui leur firent perdre conscience de leur mission.

Malgré les réticences de son père et sur l’instigation de Josef Bénari, directeur artistique de la Metro Goldwin Mayer, il « monte » à Paris en 1945. Il est l’élève du plus grand affichiste du moment, Paul Colin et devient son assistant. Malgré les  tâches ingrates que lui confiait le maître, il participe rapidement à l’élaboration d’œuvres d’importance. C’est sur les conseils de Paul Colin qu’il signe ses affiches Alain Carrier, choisissant son second prénom.

En 1947 il est sociétaire du Salon d’Automne.

Il se dirige vers l’enseignement : il est nommé professeur de dessin à l’ École de la ville de Paris, fonctions qu’il quittera en 1950. Parallèlement, il dessine de nombreuses couvertures de disques de musique classique et de variétés pour les artistes les plus renommés, ainsi que des affiches. Il entre, alors, dans le milieu de ce que l’on appelle aujourd’hui le « show biz ». Il devient l’ami des plus grands : Anne Chapelle, Édith Piaf, Bourvil, Jacques Hélian, Joséphine Baker, Philippe Clay, Pierre Dac, etc…
Mais il a aussi des contacts suivis avec Jean Cocteau, Paul Eluard, Louis Jouvet.

En 1950, les Grands Magasins du Printemps, reconnaissant son talent, lui confient la Direction Artistique de la Publicité. Il y restera dix ans.

Il n’abandonne pas pour autant son Périgord natal et, en 1952, il est co-fondateur du Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat : une innovation à cette époque ! Voilà plus d’un demi siècle que perdure cette manifestation. Malheureusement, l’affiche qu’il créa à cette occasion – le héraut sur son cheval – qui participa au succès de ces journées théâtrales et qui en était sa carte d’identité a été remplacée par un nouveau graphisme il y a quelques années, sans que l’on en connaisse les raisons.

En 1960 il est sollicité par l’Agence Havas sous la recommandation de la Société Industrielle de Mécanique et de Carrosserie Automobile (SIMCA) pour laquelle il avait élaboré une campagne publicitaire. Pendant huit ans il occupera les fonctions de Directeur du Service de Création et du Service Technique de cette importante agence de publicité.

Lors d’un voyage d’étude aux États-Unis ses confrères américains le nomment « Monsieur mennem » en raison du fameux slogan dont il est l’auteur pour ce gel après-rasage : « Mennem : pour nous les hommes ».

Il décide de créer en 1969 l’Agence de Création Alain Carrier. Nombre de sociétés lui confient la déclinaison de leur image de marque : affiches, logotypes, chartes graphiques, slogans, etc…

Après un voyage d’étude en U.R.S.S., fin 1974, il assure La Direction de la création du Groupe Bossard Communication.

Souhaitant faire bénéficier de jeunes graphistes de son expérience, il est professeur à l’ École Supérieure de Publicité, tout en apportant ses Conseils aux Agences Profac et Spire

Un nouveau voyage d’étude le mène en Inde en 1982.

En 1984, il prend sa retraite.

Ce n’est pas pour autant qu’il range ses crayons et ses pinceaux dans ses tiroirs. Il ne cesse de créer des affiches pour des œuvres caritatives, des associations de tout genre, sa ville natale de Sarlat, Domme, La Roque-Gageac, Monpazier. Une grande partie de ces affiches sont créées à titre bénévole.

Il est membre du Jury du Prix International de l’Affiche en 1992-1993. L’année suivante, il s’installe définitivement à Sarlat.

En 1999 sa célèbre affiche pour Amnesty International « On ne bâillonne pas la lumière » est proposée comme sujet de Français au baccalauréat.

                             

En 2001, l’ouvrage « Le XXème siècle s’affiche » (Éditions Larousse) consacre deux pages à l’affiche « Non à la Torture »;  l’affiche est ainsi analysée : « Sa simplicité parle au premier regard ; les bras métamorphosés en cordages qui se font l’instrument même du supplice reflètent une souffrance insoutenable. Et puis cet homme est seul, dans une position intermédiaire entre l’agenouillement imposé et sa volonté de rester debout. Il n’est pas encore totalement abattu ; les bourreaux invisibles sur l’image ne l’ont pas encore broyé tout à fait. C’est cela la torture, un raffinement dans l’horreur, en équilibre entre vie et mort. Les images de supplice ne sont pas rares dans la peinture ou la gravure des temps passés, les plus connues sont sans doute les figures de Goya, quand il décrit les désastres de la guerre ; mais les mutilations, les démembrements représentés ont le plus souvent accompli leur œuvre de mort et fait des hommes des cadavres ; nous voyons un résultat et non la férocité en acte. C’est le cas ici et c’est pourquoi la représentation est si étonnante. (…) Le mystère de cette image, monstrueuse en soi, est que le supplicié est le gardien de son propre trésor intérieur, temple sacré de la condition humaine qui survit au-delà de toute barbarie »

En 2003, Alain Carrier reçoit la Directrice du Département des Estampes et de de la Photographie de la Bibliothèque Nationale de France. Après avoir pris connaissance des affiches archivées chez Alain Carrier, celle-ci lui propose de transférer ce fonds important dans ses services. Dans le souci de voir ses œuvres restaurées – si besoin en est – et conservées dans les meilleures conditions, Alain Carrier accepte cette offre.

Peu d’affichistes peuvent s’enorgueillir d’avoir réuni autant de distinctions dans leur carrière.

En 1975 il est promu Officier dans l’Ordre International des Arts et de l’ Éducation Artistique.

En tant que citoyen il fut promu chevalier dans l’Ordre National du Mérite en 1982, et dans l’Ordre de la Légion d’honneur en 2004.